Château, église, théâtre : quels monuments vont être sauvés grâce au Loto du patrimoine cette année ?

Consacrée à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine en péril de France, la Mission Bern fête cette année ses 5 ans. Mise en œuvre par la Fondation du Patrimoine, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Française des Jeux (FDJ), elle est portée depuis son lancement par le journaliste et animateur de radio Stéphane Bern et a déjà permis d’identifier 645 sites à préserver. Grâce aux 182 millions récoltés depuis 2018 (dont 100 millions issus du Loto du Patrimoine) plus de 350 monuments en métropole et dans les territoires d’outre-mer ont pu être sauvés. Lundi 14 mars, les 18 sites emblématiques de l’édition 2022 ont été dévoilés. Ces nouveaux projets de sauvegarde, sélectionnés par un comité d’experts, bénéficieront en priorité du financement issu des prochains jeux Mission Patrimoine de la FDJ.

Variété patrimoniale

Cette année encore, une grande variété de types de bâtiments et de périodes historiques sont représentés dans la sélection de la Mission, depuis les ruines de la forteresse médiévale de Castellas (XIIe siècle) jusqu’à l’église Saint-Louis de Villemomble et son clocher en béton, érigé dans les années 1920, ou au théâtre à l’italienne de Guéret, daté du milieu du XIXe siècle. Parmi les projets de réhabilitation les plus enthousiasmants, citons notamment la création d’une résidence d’artistes dans un ancien centre pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer, la réouverture au public de la Porte-maison de l’enceinte urbaine de Laval, lieu de naissance du Douanier Rousseau, ou encore le débroussaillage du domaine sucrier d’Hajangoua, l’un des plus anciens de Mayotte, dont les ruines sont envahies par la végétation.

Découvrez, région par région, les 18 projets emblématiques du Loto du Patrimoine 2022

1. Auvergne-Rhône-Alpes
Parc des Sources à Vichy : le patrimoine thermal

Créé en 1812 à la demande de Napoléon Ier, le parc des Sources est le plus ancien parc de la ville de Vichy (Allier), dont le patrimoine thermal est inscrit depuis juillet 2021 au Patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des grandes villes d’eaux d’Europe. Il abrite notamment une remarquable galerie-promenoir de 700m de long de style Art nouveau, alliant verre et métal, érigée au tout début du XXe siècle. Sa rénovation s’inscrit dans un projet global de revalorisation du centre-ville.

Galeries couvertes du Parc des sources © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Noel Gautier

2. Bourgogne-Franche-Comté
Église Notre-Dame du prieuré de La Charité-sur-Loire : fleuron de l’art roman

Fille aînée de Cluny, étape majeure sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, l’église prieurale Notre-Dame de la Charité-sur-Loire (Nièvre), érigée au XIIe siècle, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce fleuron de l’architecture romane bourguignonne, dont la nef s’est effondrée au XVIIe siècle, doit aujourd’hui fait l’objet d’importants travaux de restauration sur les charpentes et les couvertures de son chevet.

Eglise Notre-Dame de La Charité-sur-Loire © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Thierry Martrou

3. Bretagne
Ancienne colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer : du bagne à la galerie

Prise politique devenu un lieu de détention pour enfants mineurs dans les années 1880, le site de Haute Boulogne raconte une autre histoire de Belle-Île-en-Mer (Morbihan). À l’abandon depuis 1977, sa restauration permettra d’y installer un nouvel espace culturel alliant espaces de coworking, un café-galerie et des résidences d’artistes.

Colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/J-Y Gautier

4. Centre-Val de Loire
Maison des Alix à Gien : la doyenne

Édifiée eu XVIe siècle, la Maison des Alix est la plus maison de la ville de Gien (Loiret). Épargnée par les bombardements de la Seconde guerre mondiale, elle conserve sa façade caractéristique aux motifs losangés et certains éléments de décors d’origine. Elle est aujourd’hui menacée d’effondrement et a dû être intégralement étayée en 2016. D’importants travaux de restaurations doivent être menés sur la charpente, des huisseries, les vitraux et les sculptures ornementales.

Maison des Alix © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Jean-Marc Pommé

5. Collectivité de Corse
Le château de Quenza : une curiosité architecturale

C’est un palais toscan de 2000m² en plein cœur de l’Alta Rocca. Le château de Quenza (Corse-du-Sud) fut érigé dans l’entre-deux-guerres, en 1935, par un diplomate dispendieux épris du style néo-Renaissance florentin. Récemment labellisé « Architecture contemporaine remarquable », sa toiture est aujourd’hui dans un état alarmant, au point qu’une chute de neige trop abondante pour provoquer son effondrement. Une fois rénové, il pourrait accueillir différents services municipaux et manifestations culturelles.

Château de Quenza © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Anthony Bressy

6. Grand Est
Premier château des Princes de Salm à Senones

L’hôtel de Bilistein est un témoin remarquable de l’histoire princière de la ville de Senones (Vosges), ancienne principauté de Salm-Salm. Érigé en 1754, il fut transformé en pavillon d’entrée une trentaine d’années plus tard, et percé d’un passage charretier. Ravagé par un incendie en 1994, il est aujourd’hui menacé d’effondrement. Une fois rénové, il pourrait abriter un musée sur l’histoire de la principauté de Salm-Salm.

Hôtel de Bilistein, premier château des Princes de Salm © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Julian Perez

7. Hauts-de-France
Chevalements miniers du 9-9 bis à Oignies : la mémoire minière

Il s’agit d’une des cinq grands sites de la mémoire minière en France. C’est en effet à Oignies (Pas-de-Calais), en 1842, que l’on a découvert pour la première fois du charbon dans le Pas de Calais et le site fut le dernier du Bassin minier à fermer en 1990. Le carreau de fosse 9-9 bis, qui comprend une fosse, un terril et une cité-jardin, s’inscrit aujourd’hui dans un vaste programme de reconversion dédié aux pratiques musicales. Ses chevalements (des ouvrages de charpente construits au-dessus d’un puits de mine pour soutenir les poulies sur lesquelles passent les câbles d’extraction) présentent un état de corrosion avancée.

Chevalements miniers de la fosse 9-9 bis © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Baptiste Rutko

8. Île-de-France
Église Saint-Louis de Villemomble : une expérimentation en béton

L’église Saint-Louis de Villemomble (Seine-Saint-Denis) a ceci de remarquable que son architecture mobilise des techniques qui étaient jusque-là réservées à la construction industrielle. Son clocher, érigé en 1926, possède ainsi une ossature en béton. Le sculpteur Carlo Sarrabezolles y expérimente pour la première fois une technique de sculpture par taille directe du béton en prise qui lui permet de réaliser près d’une trentaine de statues colossales. Des travaux d’urgence doivent être menés sur le clocher dont les bétons doivent présentent d’importantes altérations.

Eglise Saint-Louis de Villemomble © Fondation du patrimoine – My Photo Agency/Anthony Berger

9. Normandie
Anciennes église et infirmerie vétérinaire du Haras du Pin : le Versailles du cheval

Édifié sur ordre de Louis XIV, le Haras du Pin (Orne), surnommé le « Versailles du cheval », est le plus anciens des haras nationaux conservés en France. Présentant un état général plutôt dégradé, il prépare sa rénovation en vue des Jeux olympiques de 2024. Deux édifices doivent faire l’objet de travaux en priorité : l’infirmerie vétérinaire et l’ancienne église du Vieux-Pin, abandonnée à la Révolution.

Intérieur de l’ancienne église du Haras du Pin © Fondation du Patrimoine – MyPhotoAgency/Franck Belorgey

10. Nouvelle-Aquitaine
Théâtre à l’italienne de Guéret : menace sur les planches

Créé en 1837 à Guéret (Creuse), ce petit théâtre à l’italienne a servi de cantonnement aux soldats durant la Première Guerre mondiale avant d’être reconverti en salle de cinéma. Le bâtiment, fermé au public depuis 40 ans, entame aujourd’hui sa métamorphose pour redevenir un haut lieu de la vie culturelle de la région. Ses planches et ses balcons risquent à tout moment de s’effondrer.

Théâtre de Guéret © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Thierry Vincent

11. Occitanie
Maison de l’Intendance du Jardin des Plantes de Montpellier : la médecine par les plantes

En 1593, Henri IV fonde à Montpellier (Hérault) un jardin royal à vocation médicinal. Devenu un outil d’étude, il contribua à la renommée de l’Université de la ville. La rénovation de l’un des bâtiments remarquables, la Maison de l’Intendance, permettra de développer cette vocation de recherche et de déposer la candidature du site pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Une exploration archéologique pourra également être menée afin de retrouver l’emplacement du Labyrinthe de Richer, une installation souterraine complexe destinée à la culture et à la présentation des plantes ombrophiles.

Maison de l’Intendance du Jardin des Plantes de Montpellier © Fondation du patrimoine – My Photo Agency/Pascal Delobbe

12. Pays de la Loire
Porte Beucheresse à Laval : ici naquit le Douanier Rousseau

Au XIIIe siècle, la ville de Laval (Mayenne) était dotée d’une enceinte fortifiée dotée de six ouvertures dont il ne reste aujourd’hui d’un seul témoignage : la Porte Beucheresse. Transformée en lieu d’habitation et en commerce, elle fut également le théâtre de la naissance d’Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, figure majeure de l’art naïf. Fermée au public, elle va être entièrement restaurée afin de permettre l’accès à son toit-terrasse panoramique.

Porte Beucheresse © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Simon Bourcier

13. Provence-Alpes-Côte d’Azur
Castellas de Roquemartine à Eyguières : la beauté des ruines

Dressé au sommet de hautes falaises dénudées, le castrum du Castellas (Bouches-du-Rhône) a été érigé au XIIe siècle par la famille d’Albe pour contrôler la basse vallée de la Durance. Il comprend notamment un donjon, une église, un pigeonnier et des moulins à eau et à vent. Abandonné au début du XVIIe siècle, il a été démantelé par Richelieu puis ciblé par des tirs d’artillerie en 1870. Ses ruines, envahies pas la végétation, doivent être mises hors d’eau et doivent également faire l’objet de fouilles archéologiques systématiques.

Castellas de Roquemartine © Fondation du patrimoine – My Photo Agency/Alexis Marizy

14. Guadeloupe
Maison Schwarz-Bart dite La Souvenance à Goyave : Maison des Illustres

Labellisée « Maison des Illustres », la villa La Souvenance fut le lieu de création du couple d’écrivains Simone et André Schwarz-Bart. Fils de déportés, celui-ci obtint le Prix Goncourt en 1959 pour son ouvrage Le dernier des justes. Typique de l’architecture coloniale, elle reprend tous les codes architecturaux de la maison traditionnelle en bois de Guadeloupe et accueille aujourd’hui de nombreuses manifestations artistiques. Lieu de mémoire, elle abrite également une importante collection d’objets et d’œuvres d’art. L’ensemble du bâtiment doit aujourd’hui être rénové.

La Souvenance – Maison Schwarz-Bart © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/FX Peroval

15. Guyane
Village de l’Acarouany à Mana : une ancienne léproserie

L’épidémie de peste qui frappa la Guyane à partir du XVIIIe siècle nécessite la création de nombreuse léproserie sur le territoire et notamment sur le domaine royal de l’Acarouany en 1836. Devenu un centre de rééducation fonctionnelle puis un leu d’accueil pour les réfugiés lors de la guerre du Suriname en 1986, le village et  ses 76 cases sont classés au titre des monuments historiques depuis 1999. Rénové et réhabilité, le site pourra pleinement assurer son rôle de centre de pèlerinage et de site historique.

Village de l’Acarouany © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/RonanLietar

16. Martinique
Cinéma Atlas aux Anses d’Arlet : cinéma aux Caraïbes

Situé sur la côte sud des Caraïbes, le cinéma Atlas a connu ses premières heures de gloire avec le cinéma muet. Fermé depuis 2013, il est sujet aux infiltrations et ses planchers menacent de s’effondrer. Sa réhabilitation permettre à la petite ville d’Arlet de redynamiser son offre culturelle.

Cinéma Atlas des Anses d’Arlet © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency-Daniel Brieu

17. La Réunion
Ancienne usine sucrière de Pierrefonds à Saint-Pierre : un nouveau lieu de vie

Le site de l’usine sucrière de Pierrefonds débute au XIXe siècle et témoigne de l’histoire de l’activité cannière et sucrière de l’île de la Réunion. Inoccupé depuis les années 1970, l’ensemble du bâtiment doit en premier lieu être désamianté  et consolidé. Sa rénovation s’inscrit dans un vaste projet de réhabilitation du quartier dit de Pierrefonds afin d’y créer notamment 800 logements supplémentaires.

Ancienne usine sucrière de Pierrefonds © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Christian Bersano

18. Mayotte
Ancienne usine sucrière d’Hajangoua à Dembéni : dévorée par la jungle

De prime abord on pourrait se croire face à un temple maya caché dans la jungle, mais le domaine sucrier d’Hajangoua, sa maison de maître, ses chaudières et ses cheminées, datent bien de 1870. Recouvert par la végétation qui déstabilise les maçonneries, il doit urgemment être débroussaillé afin que ses vestiges puissent enfin être préservés. Le projet de réhabilitation prévoit notamment l’implantation d’un éco-musée.

Usine sucrière d’Hajangoua © Fondation du patrimoine – MyPhotoAgency/Bertrand Fanonnel

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