Caillebotte les pieds dans l’eau : 3 tableaux pour un chef-d’œuvre impressionniste

Le triptyque que Gustave Caillebotte (1848-1894) présente lors de la quatrième Exposition impressionniste de 1879 fait partie de la première série d’œuvres que ces peintres novateurs montrent au public en les désignant de manière explicite comme des décorations. Alors même que la critique de ces années tendait encore à réduire l’impressionnisme à une peinture décorative, dans le seul but d’en limiter la portée esthétique et de réduire le mouvement à un art immature, Caillebotte ressentait comme Monet le désir de convaincre des amateurs de devenir des commanditaires. Focus sur cet ensemble pictural au bord de l’eau, visible au musée de l’Orangerie dans l’exposition « Le décor impressionniste. Aux sources des Nymphéas ».

Un pari esthétique

Exposer de tels tableaux était un appel à de futures décorations. Caillebotte qualifie ainsi de « panneaux décoratifs » ces trois huiles sur toile de grandes dimensions, à l’unité manifeste. En dépit de l’harmonie chromatique et formelle provenant des masses de blanc et de vert ainsi que de la touche mouchetée, les critiques ne perçurent pas vraiment les tableaux comme un triptyque, au point que l’ordre de leur association est toujours discuté.

Baigneurs. Panneau décoratif, dit aussi Baigneurs, bord de l’Yerres, 1878, huile sur toile, 157 × 117 cm Paris, collection particulière Photo © Photo Josse / Bridgeman Images

Aujourd’hui dispersés, Pêche à la ligne, Baigneurs et Périssoires formaient pourtant bel et bien un ensemble singulier ; on ignore d’ailleurs toujours si ce décor a été conçu en fonction d’un espace intérieur donné. L’univers familier du peintre apparaît dans ces trois panneaux : les loisirs nautiques sur les rives de l’Yerres, la rivière qui borde la propriété familiale de l’Essonne, vendue en 1879. La nostalgie du paradis perdu des années d’enfance s’incarne dans l’absence d’échappée qui caractérise le triptyque : par leur densité, les frondaisons interdisent toute perspective lointaine et semblent évacuer la présence même du ciel.

Gustave Caillebotte, Périssoires. Panneau décoratif, dit aussi Périssoires sur l’Yerres, 1878, huile sur toile, 155,5 × 108,5 cm Rennes, musée des Beaux-Arts ©Louis Deschamps – Musée des beaux-arts de Rennes

En dépit du mouvement presque cinématographique qui anime ces scènes de plein air, la végétation oppose son écran de verdure à la progression naturelle des personnages, indifférents au spectateur. Loin de projeter le regard au-delà de la paroi qui les supporte, les tableaux semblent constituer au contraire un fond infranchissable qui ne crève pas le mur, invitant à s’immerger paisiblement dans ces décorations intérieures.

Gustave Caillebotte, Pêche à la ligne. Panneau décoratif, dit aussi Pêche à la ligne, 1878, huile sur toile, 157 x 130 cm, collection particulière © musée d’Orsay / Patrice Schmidt

Exposition « Le décor impressionniste. Aux sources des Nymphéas »
Musée de l’Orangerie
Jardin Tuileries, 75001 Paris
www.musee-orangerie.fr
Jusqu’au 11 juillet

Cet article Caillebotte les pieds dans l’eau : 3 tableaux pour un chef-d’œuvre impressionniste est apparu en premier sur Connaissance des Arts.