Bruxelles : la Brafa, l’une des plus vieilles foires d’antiquités au monde, déménage pour son 67e anniversaire

« Ce nouveau lieu va faire émerger des idées nouvelles, comme à chaque fois que la Brafa a changé de site », veut croire Christian Vrouyr, antiquaire spécialisé dans les tapis anciens et secrétaire général de la Brussels Art Fair (Brafa). Depuis 19 ans, ce salon, l’un des plus anciens du monde, créé en 1956, s’est déroulé chaque mois de janvier entre les murs de briques 1900 de l’ancienne gare de triage du site de Tour et Taxis. Le lieu a décidé de ne pas poursuivre ce partenariat. La Brafa a dû trouver un autre havre. Le choix s’est porté sur Brussels Expo, sur la plaine du Hezel. Moins central, moins charmant, mais logistiquement très efficace. « Le site nous offre beaucoup de possibilités de développement », affirme la directrice de la Brafa, Beatrix Bourdon. Cette édition assure pour l’instant les fondamentaux, avec 115 marchands de 15 pays, essentiellement belges, français et anglais.

L’art contemporain, une section étoffée

Les grands antiquaires bruxellois sont au rendez-vous. Costermans mise sur un immense meuble Charles X en acajou, sans doute issu de l’apothicairerie d’une faculté de médecine, et sur un Paysage animé d’oiseaux exotiques du baroque flamand Paul de Vos. Le duo Theunissen et de Ghellinck expose une rare tapisserie de Bruxelles du début XVIIIe, et le spécialiste de la sculpture ancienne, Desmet, un torse romain du IIe siècle. La peinture belge est à l’honneur chez Lancz, avec des toiles de Louis-Gustave Cambier (1874-1949) et une exceptionnelle vue de la Tamise par Emile Claus. Les arts africains sont représentés par Didier Claes et Serge Schoffel, qui propose une figure de reliquaire Kota du Gabon et un masque Senoufo de Côte d’Ivoire.

Statue Nkisi, Kongo Yombe, République démocratique du Congo, bois, miroir, métal, pigments, hauteur 29 cm. ©️Didier Claes, Bruxelles

L’art contemporain, plutôt pointu, demeure une section étoffée, avec La Patinoire royale, Meessen De Clercq, Baronian, Rodolphe Janssen, Maruani et Mercier ou Nosbaum Reding. Star internationale belge de l’art contemporain, Arne Quinze, très inspiré par la nature, est l’invité d’honneur du salon. Ses sculptures, toiles monumentales et autres projections multicolores doivent magnifier l’événement, estival pour la première fois. Les organisateurs ont choisi ces dates pour limiter la circulation du Covid-19, bien qu’elles se chevauchent avec celles de la Tefaf de Maastricht ; 34 exposants de la Brafa relèvent le défi de participer aux deux foires. La 68e édition s’annonce pour janvier 2023.

Giacomo Boselli, Portrait d’Andrea Doria, XVIIIe s., terre cuite émaillée, Ø 60 cm. Courtesy Callisto Fine Arts, Londres

Le repas d’un ours

Fidèle de la Brafa, le spécialiste de la sculpture animalière Xavier Eeckhout aime y présenter des artistes de l’École d’Anvers. « La ville accueillait au début du XXe siècle le plus grand zoo du monde. Beaucoup d’artistes, dont Rembrandt Bugatti (1884- 1916), venaient y travailler, appâtant les animaux avec de la nourriture. » Cet ours en plein repas, œuvre de jeunesse de Thierry Van Ryswyck (1911-1958), est dans la veine naturaliste de Bugatti. Cette œuvre unique, inédite sur le marché, est une commande spéciale à l’artiste. La patine brun chocolat de Batardy, fondeur belge à la réputation comparable à celle de Hébrard ou Valsuani en France, ajoute à son charme.

Thierry Van Ryswyck, Ours mangeant, 1929, bronze, 46,5 x 30,5 x 25,5 cm. Courtesy Galerie Xavier Eeckhout, Paris.

Un étendard du luristan

« L’art du Luristan demeure méconnu du grand public. Pourtant le Louvre en possède un des plus beaux ensembles au monde avec le fonds David-Weill », rappelle Corinne Kevorkian. Ces objets de bronze, mors de chevaux, masses d’armes, sommets d’étendards zoomorphes et autres idoles à deux visages, sont les seules traces d’une civilisation de cavaliers et bronziers de tradition nomade, sans écriture, qui ont commencé à s’établir dans la région montagneuse du Zagros, dans l’ouest de l’Iran, au IIIe millénaire avant Jésus-Christ. Les Musées Royaux des beaux-arts de Bruxelles conservent aussi une importante collection de ces bronzes, grâce aux fouilles de l’archéologue Louis Vanden Berghe (1923-1993).

Sommet d’étendard aux animaux affrontés, Luristan, Iran, Âge de fer, Ier millénaire av. J.-C., bronze, H. 17 cm. Courtesy Galerie Kevorkian, Paris.

Une horloge de « l’hourloupe »

Né en 1962 de croquis réalisés machinalement au stylo-bille par Jean Dubuffet (1901-1985) lors de conversations téléphoniques, le cycle de « L’Hourloupe » est développé par l’artiste jusqu’au début des années 1980. Avec ce langage de cellules pleines ou hachurées au spectre coloré restreint, il crée un monde. « C’est une sorte de puzzle fou, charriant des éléments abstraits ou vaguement identifiables : paysages, silhouettes, visages, objets… », décrypte Julien Lacroix, directeur d’Opera Gallery Genève. « L’horloge y apparaît d’abord, comme ici, seule et flamboyante. Par la suite, Dubuffet élabore un “ Train de pendules ” où le motif démultiplié semble prêt à se mettre en mouvement. »

Jean Dubuffet, Pendule V (Flamboiement de l’heure), 1966, huile sur toile, 130,8 x 161,9 cm. Courtesy Opera Gallery, Genève.

Le retour de Bruneaf

La Brussels Non European Art Fair (Bruneaf) laisse derrière elle les années de pandémie. Après une édition hivernale encourageante qui lui a fait retrouver quelques exposants étrangers, comme la galerie new-yorkaise Pace African & Oceanic Art ou le marchand espagnol Angel Martin, le salon à ciel ouvert du quartier du Sablon attend quelque vingt-cinq marchands, notamment parisiens, pour une édition en juin. « Nous avons choisi comme d’habitude des dates proches de celles de la Brafa, car plus que jamais, cette synergie est nécessaire », commente Thomas Bayet, de la galerie bruxelloise Ambre Congo, l’un des organisateurs de l’événement.

Brussels Art Fair (BRAFA)
Brussels Expo, place de Belgique, 1020 Bruxelles,
du 19 au 26 juin.

 

Bruneaf 
Quartier du Sablon, Bruxelles
du 15 au 19 juin.

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