Bijoux d’éternité : une exposition à Paris dévoile les merveilles de l’art des pierres gravées

Marchand parisien spécialiste des arts premiers et de l’art médiéval, Guy Ladrière collectionne depuis des décennies ces objets au croisement des mondes du bijou, des pierres et du savoir-faire. « Il y a une connexion fondamentale avec mon champ d’activité : la sculpture. C’est une technique différente de la taille du marbre ou du bois, mais c’est toujours un combat créatif qui transfigure la matière. » L’École des Arts Joailliers, à Paris, présente pour la première fois au public, du 12 mai au 1er octobre, 200 œuvres (intailles, camées, bague, objets de parure, etc.) issues de cette collection exceptionnelle et retrace l’histoire de l’art des pierres gravées de l’Antiquité au XIXe siècle.

Un art venu d’Orient

L’art de la glyptique, né en Orient au IIIe millénaire avant Jésus-Christ, s’est diffusé à la Méditerranée antique puis à l’Europe en utilisant la même technique : une abrasion de la pierre à l’aide de poudre de diamant ou de corindon. En Europe, dès la Renaissance, on prise les portraits en camée. Arborer un tel profil d’Anne d’Autriche en bijou, pendant la Fronde, témoignait d’un soutien à la reine.

Anne d’Autriche, France, XVIIe siècle, camée en sardonyx, intaille au revers ©Benjamin Chelly

À la Renaissance, l’art des pierres gravées revient fortement au goût du jour. « On crée des œuvres inspirées de l’Antiquité mais pas servilement », souligne le commissaire de l’exposition, Philippe Malgouyres, conservateur du département des Objets d’art du Louvre. « Cet Hercule (à droite) est une œuvre beaucoup plus grande qu’un camée antique. Le lithoglyphe joue avec la pierre irrégulière, utilise ses bruns, ses blancs, ses beiges pour créer un sfumato onirique. »

Hercule, XVIe siècle, camée en sardonyx, cadre en bronze doré.

Intailles et camées

« Dans un monde grec rendu plus vaste par les conquêtes d’Alexandre le Grand, les pierres utilisées se diversifient. La sardonyx de ce camée (page de gauche) vient sans doute du Gujarat », explique Philippe Malgouyres. « On cuisait cette pierre dans le miel ou le sucre pour accentuer les teintes de ses couches colorées, que le graveur dégageait et intégrait à son projet. Il les rendait visibles dans le biseau autour de la pierre comme dans l’image en trois dimensions. »

Jupiter, Rome, début du IIIe siècle, camée en sardonyx sur une boîte en or de Gabriel Morel, collection Guy Ladrière ©Benjamin Chelly

Dans le domaine des pierres gravées, il existe beaucoup d’intailles (gravées en creux, souvent pour servir de cachet), moins de camées (gravés en relief), et encore moins de sculptures telle que celle reproduite ci-contre.  « La fonction de tels portraits est mal connue. Peut-être étaient-ils montés sur des objets, comme des sceptres de consuls. Cette tête de Titus est particulièrement exceptionnelle par sa taille », note Philippe Malgouyres.

L’Empereur Titus (détail), Rome, Ier siècle, calcédoine, collection Guy Ladrière ©Benjamin Chelly

Trésors miniatures

Cette intaille cerclée d’or (à gauche) a été réalisée au dos d’une pierre gravée en forme de scarabée, un classique de la glyptique égyptienne qui a essaimé dans tout le monde méditerranéen. « Chez les Étrusques, les intailles ne servaient pas nécessairement de cachet, explique Philippe Malgouyres. Elles étaient surtout destinées à être portées en bracelets ou en colliers. »

Homme agenouillé, Étrurie, Ve siècle av. J.-C., intaille sur un scarabée en cornaline, monture en or, collection Guy Ladrière ©Benjamin Chelly

Cette tête de lion (ci-dessous) vient sûrement du monde perse, période achéménide (Ier millénaire avant Jésus-Christ), ou postérieure. « Une gorge, à l’arrière du cou, montre que l’objet était serti, peut-être dans un vase rhyton en or, décrypte le commissaire de l’exposition. Ce type de sculpture pouvait aussi orner des instruments de musique ou des meubles de luxe. Contrairement à leurs montures initiales qui ont pu être fondues, on les a conservées. »

Tête de lion, Perse, VIe-IVe siècle av. J.-C., élément d’incrustation en calcédoine collection Guy Ladrière ©Benjamin Chelly

« Pierres gravées. Camées, intailles et bagues de la collection Guy Ladrière »
L’École des Arts Joailliers, 31, rue Danielle-Casanova, 75001 Paris
www.lecolevancleefarpels.com
du 12 mai au 1er octobre

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