Biennale de Venise 2022 : une édition historique, surréaliste et féminine

Avec le chiffre incroyable de 80 % d’artistes femmes choisies par Cecilia Alemandi, la commissaire générale de la 59e Biennale d’Art contemporain de Venise 2022, l’exposition intitulée « The Milk of Dreams » et éclatée entre l’Arsenal et le pavillon général aux Giardini est une magnifique proposition. De Claude Cahun à Paula Rego, on y retrouve des stars très médiatisées mais aussi une quantité d’artistes très peu vues. Simone Leigh, qui occupe également le pavillon américain aux Giardini, ouvre monumentalement le parcours de l’Arsenal.

Le surréalisme partout

Le titre « The Milk of Dreams » vient d’un livre de contes pour enfants de l’artiste Leonora Carrington (1917-2011), très présente dans l’exposition « Surréalisme et magie » à la Fondation Guggenheim. Cette ambiance surréelle se retrouve donc dans toute la Biennale. À commencer par la très belle salle historique au centre du pavillon général où sont convoquées toutes les grandes figures du mouvement, de Rosa Rosà et ses contributions féministes dans « L’Italia futurista » jusqu’à Claude Cahun et Gertrud Arndt et leurs autoportraits photographiques.

Livres et éditions (1917) de Rosa Rosà, présentés dans l’exposition « The Milk of Dreams », Giardini, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

Créatrices confirmées

Parmi les créatrices confirmées présentes cette année à Venise figure bien sûr la Portugaise Paula Rego à laquelle est attribuée une salle entière dans le pavillon général des Giardini. Elle y expose ses grandes toiles de bambins pas sages et des sculptures surprenantes où l’horreur s’invite dans ce monde enfantin. Plus loin, on croise aussi bien un éléphant monumental de Katharina Fritsch que les figures en céramique de Simone Fattal ou les personnages peints de Cecilia Vicuna. Enfin, une très belle installation de Miriam Cahn, constituée de 28 nouvelles œuvres, oscille entre beauté et brutalité, entre corps et environnement.

Unser süden sommer (2021) de Miriam Cahn, présenté dans l’exposition « The Milk of Dreams », Giardini, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

D’innombrables découvertes

Cette nouvelle édition de la Biennale de Venise recèle d’innombrables découvertes qu’il est bien sûr impossible d’énumérer. Pour les historiques, citons tout de même les toiles Art Déco de Loïs Mailou Jones, les dessins complexes de l’Espagnole Josefa Tolrà, les assemblages dadaïstes de Mina Loy, les costumes de scène de Lavinia Schulz et de son mari Walter Holdt ou les sculptures post-cubistes en fer-blanc de Regina Cassolo Bracchi. Pour les plus modernes, mentionnons les sculptures en fibre de l’Indienne Mrinalini Mukherjee, les lustres en fil de fer de Ruth Asawa, les animaux de terre cuite de Gabriel Chaile ou les dessins rêvés de Portia Zvavahera.

Répliques des costumes de Lavinia Schulz et Walter Holdt (1924), présentés dans l’exposition « The Milk of Dreams », Arsenal, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

Nostalgie pour le pavillon français

Reconstituant différents espaces liés à la production et la projection d’un film, Zineb Sedira transforme le pavillon français en lieu imaginaire, autobiographique et politique. Née en France de parents algériens, l’artiste y raconte ses souvenirs personnels. La musique de tango avec des danseurs qui interviennent dans un bar et la riche accumulation d’objets (la table à dessin du décorateur du film Lo Straniero de Luchino Visconti, les maquettes des scènes de tournage, les piles de bobines de films, la table de la dame pipi…) donnent une ambiance très 1960.

« Les rêves n’ont pas de titre » (2022) de Zineb Sedira, présenté dans le pavillon français, Giardini, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

Il faut finalement s’installer sur les sièges de la salle de cinéma et regarder la projection évoquant les premières productions cinématographiques françaises et italiennes financées par l’Algérie postcoloniale pour trouver la part politique de ce travail. Celles-ci ont en effet influencé le désir d’émancipation de ce pays enfin libéré. Cette part engagée de l’œuvre de Zineb Sedira n’apparaît malheureusement pas assez dans son installation aux accents très nostalgiques.

Surprise en Pologne

La belle surprise parmi les pavillons nationaux est l’installation de Malgorzata Mirga-Tas dans le pavillon de la Pologne. Sur les grands murs, elle a accroché son patchwork « Re-enchanting the World », qui reprend la structure en trois bandes superposées des fresques du Palazzo Schifanoia de Ferrare. En haut, l’artiste raconte l’épopée mythique des Roms vers l’Europe. Au centre, on retrouve les signes du zodiaque mais réactualisés. En bas, les allégories de la Renaissance ont été ici remplacées par des scènes de la vie quotidienne des Roms (nettoyage d’un poulet, partie de cartes, enterrement…) pendant les douze mois de l’année. Une révélation !

Re-enchanting the World (2021) de Malgorzata Mirga-Tas, présenté dans le pavillon de la Pologne, Giardini, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

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