Bande dessinée : Chris Ware, Grand Prix 2021 du festival d’Angoulême

« Liberté ! Fraternité ! Et surtout : Merci ! ». Voilà comment se conclut la lettre que le dessinateur Chris Ware a adressée au jury du Grand Prix de la bande dessinée d’Angoulême, qui lui a décerné cette prestigieuse récompense le 23 juin. L’auteur de 53 ans y explique sa vision assez mélancolique, et quelque peu désabusée, de son travail, tout en remerciant la France d’avoir élevé la bande dessinée au rang d’art. Les histoires et les personnages de Chris Ware orneront bientôt les murs du Musée d’Angoulême, au sein duquel se tiendra prochainement une exposition qui lui sera intégralement consacrée. Comme le veut la tradition, l’auteur réalisera également l’une des trois affiches de l’édition 2022 du Festival international de la bande dessinée.

Un univers mélancolique

Selon Chris Ware, tout commence par des « bandes dessinées sur des bouts de carton » dans la maison de sa grand-mère. Né en 1967, le dessinateur a, semble-t-il, découvert très tôt sa vocation. Incertain, précoce, mais motivé, l’auteur, qui publie son travail dès les années 1990 dans la revue RAW (un magazine extrêmement avant-gardiste en matière de bande dessinée) a parfois du mal à croire à son succès. « J’en arrivais même à me demander s’ils achetaient mes albums juste pour m’être agréable », explique-t-il en racontant ses débuts.

Avec un style assez simple mais très réfléchi, Chris Ware nous transporte dans son univers mélancolique © Chris Ware – Delcourt

Très vite, il crée ses personnages emblématiques, Quimby the Mouse, Rusty Brown et surtout Jimmy Corrigan, sans doute le plus célèbre d’entre eux. Dans ses différentes publications, et notamment dans Rusty Brown (2019), sa dernière création, la mélancolie et le pathétique de ses protagonistes abîmés par la vie dominent le scénario et ne peuvent qu’attendrir le lecteur. Le personnage principal est en effet un enfant victime de harcèlement à l’école et mal aimé par son père, un thème que l’on retrouve en partie dans Jimmy Corrigan (2000), dont le père est absent et la mère très protectrice.

Les personnages de Chris Ware ont en général des passés familiaux assez difficiles © Seth Kushner

Consécration ultime

L’œuvre de Chris Ware constitue également une merveille d’ingéniosité et démontre sa volonté de jouer avec le lecteur, voire de construire le récit avec lui. Dans Quimby the Mouse (2003) par exemple, il est parfois nécessaire de tourner le livre dans tous les sens pour suivre l’histoire de la souris. Dans Building Stories (2012), l’auteur va même jusqu’à déconstruire la forme linéaire du récit pour laisser place à l’inventivité du public, qui peut lire les différents ouvrages qui composent le coffret dans l’ordre qu’il souhaite.

« Building Stories » joue avec les formes traditionnelles du récit en faisant du lecteur un acteur de l’histoire qu’on lui raconte © Chris Ware – Delcourt

Cette fantaisie, mêlée à un univers dur et sombre et à son style graphique simple et reconnaissable entre mille, a fait le succès de Chris Ware et lui a permis d’être aussi reconnu que décoré. Le dessinateur cumule en effet, entre autres, 28 Harvey Awards et 22 Eisner Awards, deux prix nord-américains de bande dessinée. Il avait également été récompensé en 2013 à Angoulême par un Prix Spécial du Jury pour Building Stories. Par ailleurs, si Chris Ware explique que « la liste des précédents lauréats [lui] fait l’effet d’un panthéon », ce n’est pas à tort. Il rejoint en effet une longue liste de monstres sacrés du 9e art, parmi lesquels Enki Bilal, Moebius, Franquin, Akira Toriyama (créateur de Dragon Ball) ou encore Albert Uderzo.

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