Art contemporain : l’odyssée existentielle de Stéphanie Solinas

Au sommet d’une pyramide, l’œil de la providence flotte et veille. C’est ce dessin occulte, reproduit au verso des billets américains d’un dollar, qui décide Stéphanie Solinas à sillonner la Côte Ouest des États-Unis, de la mystique Sedona, en Arizona, à la Silicon Valley, en Californie, berceaux respectifs du New Age et de la technologie de pointe. Ce road trip est la troisième étape d’une odyssée existentielle démarrée en 2014, en Islande.

Sans point de départ

Déjà, l’archipel de glace épouse la forme en rhizome de ses recherches « sans point de départ ni d’arrivée », en même temps qu’elles ouvrent une enquête jamais classée. Les suspects sont coriaces : identité, mémoire, ces grands mots qui séparent l’être du néant, la science de la foi. Dans le premier chapitre baptisé Le Pourquoi Pas ?, comme le navire d’exploration polaire du commandant Charcot, des elfes voisinent avec des roches, des médiums avec des aurores boréales. En 2018, pour L’Inexpliqué, Solinas s’en va recenser des miracles en Italie – la liquéfaction du sang séché de San Gennaro à Naples, la procession de la statue de saint Dominique qui se recouvre de serpents vivants dans un village des Abruzzes – et ne quitte plus la chambre photographique de sainte Thérèse de Lisieux, empruntée au musée Nicéphore Niépce.

Portrait Stéphanie Solinas, 2022 ©François-Bellabas

Sur les chemins de la connaissance

Depuis 2017, elle poursuit, avec Devenir soi-même, sa quête outre-Atlantique, au royaume du développement personnel : en écho aux Twentysix Gasoline Stations d’Ed Ruscha, douze « stations » et autant de paliers sur les chemins de la connaissance actent ses rencontres préméditées avec le directeur de l’intelligence artificielle de Facebook, une chamane, un transhumaniste, un prêtre cherokee, un astronome… Un montage d’images, de preuves tangibles que La Rochefoucauld disait vrai : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ».

Stéphanie Solinas, Le Pourquoi Pas, Equivalences 63, 2022, cyanotype ©Stéphanie Solinas

Stéphanie Solinas en bref

1978
Naissance de Stéphanie Solinas à La Tronche (Isère).

2001
Diplômée en photographie, ENS Louis Lumière, Paris.

2004-2010
Dominique Lambert, étude des 191 Dominique Lambert de France.

2008
Docteure en arts visuels, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

2010
« Sans être rien de particulier », exposition à La Maison Rouge, Paris.

2011
Sans titre (M. Bertillon) dresse le portrait d’Alphonse Bertillon, l’inventeur de la police scientifique et de l’anthropométrie.

2017-2018
Pensionnaire à la Villa Médicis-Académie de France, Rome.

2021
Lauréate du Prix Camera Clara.

2022
Participe au Festival Fata Morgana, au Jeu de paume (mars-mai).

Stéphanie Solinas, Voile d’extase, série L’Inexpliqué, 2018-2020, sculpture à caresser en plâtre et silicone, 33 x 23 x 13 cm ©Daniele Molajoli

À VOIR

L’exposition « Constellations, Photographs in Dialogue »
au SFMoMa, 151 Third St., San Francisco, 1 415 357 4000
www.sfmoma.org
Jusqu’au 21 août

À LIRE
Le soleil ni la mort, par Stéphanie Solinas, éd. Delpire & co (160 pp.,  39 €).

À CONSULTER
Le site Internet de l’artiste: www.stephaniesolinas.com

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