Archéologie : les ruines d’une immense cathédrale médiévale découvertes au Soudan

Rares sont les traces archéologiques montrant la christianisation médiévale de l’Afrique. En effet, dès le VIIe siècle, sur les rives du Nil, des royaumes de Nubie se convertissent au christianisme, notamment la Makurie et sa capitale Dongola. C’est dans cette ville que les archéologues du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne de l’Université de Varsovie (PCMAUW) ont récemment mis au jour un immense bâtiment datant du Moyen Âge, ayant probablement abrité l’archevêché de Dongola. Épicentre de l’Église de Nubie, celui-ci avait l’ensemble des églises de la région sous son autorité, notamment celle de Faras, explorée il y a plus de 60 ans et dont les fresques et les fondations ressemblent énormément à la récente trouvaille. Le Centre a rendu cette découverte publique le 26 mai dernier et indiqué que de nouvelles fouilles seraient prochainement menées.

Gigantesque cathédrale

Sur ce site, situé en plein cœur de la cité médiévale, les archéologues ont d’abord identifié une paroi semi-circulaire s’apparentant à l’abside d’une église. D’un diamètre de 6 mètres, ce mur, situé à l’extrémité des lieux de culte chrétiens, à l’arrière du chœur, était décoré par des fresques aussi élaborées qu’imposantes, datant des Xe et XIe siècles. D’après les chercheurs, les deux rangées de personnages qui les composent pourraient correspondre aux différents Apôtres de Jésus. Selon les estimations, au vu des dimensions de l’abside, le bâtiment pourrait être large de 26 mètres et haut comme un immeuble de trois étages, ce qui en ferait la plus grande église médiévale nubienne jamais découverte. Une autre salle accolée à l’espace principal, présentant un dôme de 7,5 mètres de diamètre, a également été révélée par les fouilles archéologiques.

ce mur circulaire pourrait être l’abside de la cathédrale de Dongola © PCMAUW

De troublantes ressemblances

Cette organisation n’est pas sans rappeler celle de la cathédrale de Faras, dont une salle, elle aussi recouverte d’un dôme mais de taille bien plus modeste, abritait la sépulture du huitième évêque de la ville, Jean. Pour les archéologues, la salle adjacente au bâtiment serait donc une crypte où ont été inhumés un ou plusieurs archevêques de Dongola. Selon eux, ce bâtiment serait en effet la cathédrale de Dongola, que les historiens pensaient avoir déjà trouvée. La localisation et les similarités avec la cathédrale de Faras accréditent cependant fortement l’idée que les archéologues polonais ont bien mis au jour le plus haut lieu de la chrétienté nubienne médiévale. Contrairement aux célèbres fresques de Faras, conservées au musée national de Varsovie, les fresques de Dongola s’apprêtent à être restaurées et stabilisées pour pouvoir rester sur place.

Les fresques de la cathédrale de Faras sont conservées au musée national de Varsovie et ressemblent fortement à celles trouvées à Dongola ©Muzeum Cyfrowe MNW

Lorsque les deux prochaines campagnes de fouilles seront terminées, d’ici l’hiver 2022, la question de leur reconstitution et de leur mise en valeur se posera. « Afin de poursuivre les fouilles, il faut renforcer l’enduit mural affaibli et écaillé recouvert de peintures décoratives, puis le nettoyer soigneusement des couches de terre, de la saleté et des dépôts de sel qui sont particulièrement nuisibles aux peintures murales. Lorsqu’un toit approprié sera érigé sur cette précieuse découverte, il sera possible de commencer la conservation esthétique finale des peintures », explique le professeur Krzysztof Chmielewski, qui dirige les conservateurs en charge du projet.

Un centre de pouvoir

Si la cathédrale a été abandonnée au XIVe siècle au moment de la conquête de la Makurie par les Arabes, elle n’en était pas moins un lieu de pouvoir local extrêmement important. Dans les royaumes nubiens chrétiens, la religion revêtait en effet une importance toute particulière. En témoigne notamment la centralité de la cathédrale dans la capitale, combinée à sa protection par des murailles hautes de 10 mètres et épaisses de 5 mètres. Au sein de cette enceinte quasi-infranchissable, on trouvait également nombre de bâtiments monumentaux, notamment un palais et de larges villas. Il est également à noter qu’il était fréquent que les dignitaires chrétiens soient des hauts membres de l’élite makurienne.

Le christianisme était un pilier très important de la société makurienne © PCMAUW

Les chercheurs estiment que la cathédrale de Dongola disposait d’une juridiction s’étendant sur une zone de près de 1000 kilomètres de long, entre la 1ère et la 5e cataracte du Nil. Parmi les églises placées sous son égide, on retrouvait notamment la cathédrale de Faras. L’exploration prochaine du reste de l’édifice devrait donc fournir de précieux renseignements sur la ville, sur le royaume en général, mais aussi sur l’histoire et l’organisation de la chrétienté en Nubie. Il est d’ailleurs probable qu’un certain nombre de fresques restent encore à découvrir dans les parties non explorées du site.

Cette modélisation montre le gigantisme de l’édifice découvert à Dongola © PCMAUW

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