Archéologie : la découverte d’un cimetière d’esclaves éclaire le passé colonial des Antilles

Il pourrait s’agir du plus grand cimetière d’esclaves jamais découvert. C’est en tout cas ce qu’espèrent Ruud Stelten et son équipe d’archéologues, en charge des fouilles sur la petite île de Saint-Eustache, dans les Antilles néerlandaises. Surnommé le « Rocher doré », ce caillou de 20 km² a fortement été lié, au XVIIIe siècle, à la traite des noirs et à l’esclavage, dans le but de produire du tabac, du coton et du café. Depuis fin avril, les archéologues du Centre pour la recherche Archéologique de Saint-Eustache (SECAR) explorent une zone devant accueillir l’extension de l’aéroport de l’île. Ils ont déjà mis au jour une cinquantaine de squelettes et pensent en trouver plus du double, à terme. Les premiers résultats de leurs observations ont été rendus publics le 1er juin dernier, lors d’un entretien accordé au média néerlandais « NOS ».

Des découvertes inespérées

En l’espace d’un mois, les archéologues du SECAR ont déterré 48 squelettes, inhumés dans des cercueils avec, parfois, quelques objets. Ont ainsi été retrouvés des assiettes, des bracelets, des pipes et des perles aux côtés des défunts. Une pièce datant de 1737, à l’effigie du roi d’Angleterre George II a même été découverte sur le couvercle de l’un des cercueils. Cette présence d’un objet manifestement britannique en territoire néerlandais s’explique par le fait que l’île, produisant énormément de ressources lucratives, était convoitée par les Français et les Britanniques, à tel point qu’elle a successivement été conquise par ces deux puissances, avant d’être récupérée par les Hollandais. Pour les archéologues travaillant sur le site, les trouvailles « dépassent toutes les attentes » et pourraient, d’ici la fin du mois de juin, date de fin du chantier, prendre une ampleur encore plus importante.

Cette pièce, datée de 1737, a été retrouvée sur le couvercle de l’un des cercueils ©St. Eustatius Center for Archaeological Research – Facebook

Traditions funéraires et histoire de l’esclavage

Même si cela n’est pas formellement avéré, les archéologues pensent avoir affaire à des squelettes d’esclaves. En effet, le cimetière se situe près d’un ancien quartier de l’île réservé aux esclaves et accolé à une plantation de cannes à sucre du XVIIIe siècle. Les analyses osseuses ont par ailleurs révélé que l’ascendance des défunts était à chercher du côté de l’Afrique et que deux individus présentaient des adaptations dentaires traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest. Les colons ayant empêché les esclaves de s’adonner à leurs coutumes, il est donc probable que ces deux corps appartiennent à des esclaves de la première génération, ceux ayant été capturés sur le continent africain.

Ces deux perles bleues font partie des différents objets retrouvés avec les défunts © St. Eustatius Center for Archaeological Research – Facebook

Si les découvertes de sépultures se poursuivent à un tel rythme, il se pourrait que leur nombre excède celui du plus grand cimetière connu à ce jour, situé à La Barbade où les restes humains de 104 esclaves ont été mis au jour. Par ailleurs, l’étude des fosses et des corps permettra d’en apprendre plus sur le mode de vie des esclaves à l’époque, notamment sur leur régime alimentaire et leurs maladies éventuelles. La documentation de ce site archéologique semble donc capitale pour comprendre l’histoire de l’esclavage du point de vue des dominés. Les sources historiques racontant la traite des noirs et l’esclavage à cette époque proviennent en effet très peu, voire pas du tout, des esclaves eux-mêmes. Le cimetière de Saint-Eustache permettra donc, sans aucun doute, de mieux comprendre l’histoire des Antilles et du monde au XVIIIe siècle.

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