Après 10 ans de travaux, le berceau historique de la BnF entre dans le futur

Pour le Président de la République, Emmanuel Macron, elle est une « histoire mondiale de la France », « un des épicentres de nos imaginaires, de nos savoirs et de la construction de notre avenir ». Dans le langage des architectes, Virginie Brégal et Bruno Gaudin qui se sont attachés, avec l’aide de Jean-François Lagneau et Michel Trubert, architectes en chef des Monuments historiques, à sa rénovation et à son unification, la « BnF » est un quadrilatère. Pour ses nombreux conservateurs et administrateurs, c’est le « site Richelieu ». Voilà pour le pragmatisme. Mais c’est aussi un Palais, celui que fit élever le cardinal Mazarin en 1648, et qui conserve ses décors, c’est encore un musée aux richesses aussi insoupçonnées que fabuleuses. Et pour des millions d’étudiants, de chercheurs, de lecteurs, de Paris à Tokyo et de Berlin à Washington, c’est le lieu où souffle l’Esprit. Tout simplement.

Une restauration totale

Qu’est-ce que le Quadrilatère Richelieu ? Quelques chiffres : pour la BnF, on compte six départements spécialisés, sept salles de lecture, dont la mythique Salle ovale, et surtout une sorte de Trinité des savoirs puisqu’il réunit la Bibliothèque nationale de France (BnF), l’Institut national de l’histoire de l’art (INHA) – et sa sublime Salle Labrouste – et l’École nationale des Chartes (ENC). Son contenu donne le vertige : 22 millions de documents dont 20 pour la seule BnF et 900 trésors pour les collections muséales, de l’Antiquité à nos jours, du trésor de Berthouville, chef-d’œuvre de la toreutique antique au manuscrit des Misérables, des « Grandes Heures d’Anne de Bretagne » aux photographies de Nadar.

La galerie de verre du site Richelieu, conçue par l’architecte Bruno Gaudin, relie désormais les espaces accessibles au public au premier étage de la Bibliothèque ©Bnf/J.-C. Ballot

Commémorant le 300e anniversaire de son installation sur le site par l’abbé Bignon, la BnF émerge de dix années de travaux. Un chantier colossal qui connaîtra son aboutissement final en juin 2022 avec la réinstallation des collections et l’ouverture du jardin, Hortus papirifera, conçu par le paysagiste Gilles Clément. Jamais le lieu n’avait connu de restauration aussi totale, rappelle Laurence Engel, présidente de La Bibliothèque nationale de France : « Pour la première fois le quadrilatère a été pensé dans sa globalité qui est celle de treize niveaux, dont quatre de sous-sols, et 58 000 m² de surface totale. Au cours des siècles, l’ensemble s’est peu à peu adapté à l’expansion des collections. Il s’agissait de rénover, mettre aux normes, protéger, mais aussi unifier un espace morcelé et de l’ouvrir à tous les publics ».

La BnF au futur

Fluidité et libre circulation rétablie entre les espaces a donc été le sens donné à la rénovation. Virginie Brégal et Bruno Gaudin en sont d’accord : « Au fil des siècles il s’est agi de coloniser tout l’ilot urbain, d’agrandir, de surélever, d’entresoler… jusqu’à saturation complète. Le déclencheur du chantier a été la mise en sécurité et il y avait urgence. Mais le mot-clef a été d’aérer ! Nous avons créé du vide, réinventer la distribution, ouvert des perspectives, révéler ce qui avait été caché pour permettre l’avènement d’un espace partagé ».

L’escalier en hélice, en acier et aluminium donnant accès aux futures salles du musée de la BnF-Richelieu, et à la salle Ovale ©Valérie Bougault

Le résultat impressionne. Partout la lumière, naturelle ou artificielle, est entrée. La circulation est devenue possible entre ce que les architectes appellent joliment « les deux rives de l’ilot », la rue Vivienne et la rue Richelieu, reliées par une futuriste galerie-passerelle de verre et deux entrées existent désormais, côté jardin et côté cour. Le XXIe siècle s’est invité avec un magnifique escalier d’honneur dessiné par l’atelier Gaudin qui joint le rez-de-chaussée à la salle des Colonnes. Les fresques de la galerie Mansart ont été nettoyées et restaurées de même que la chambre de Mazarin. La galerie Mazarin, construite par Mansart en 1644, sa voûte peinte, ses dorures, ses toiles, ses stucs, a mobilisé plus de trente restaurateurs depuis 2018 sous la direction d’Alix Laveau. Le cardinal y avait installé ses collections, le musée l’investit aujourd’hui…

La salle de lecture des manuscrits du site Richelieu © JC Ballot / BnF

Ouverture et partage

Ouvrir le monument sur la ville c’est aussi ouvrir l’institution à un public très différent de ce qu’il fut il y a quelques décennies. La salle Ovale, dont la verrière et les décors en mosaïque ont été joliment restaurés et éclairés, concrétise cette prise de conscience en devenant une salle de lecture ouverte à tous en accès libre et gratuit. Le grand public y trouvera aussi tout un matériel numérique, écran et manipulations en 3D qui lui révélera de façon ludique la richesse des collections. Les travaux, d’un montant de 250 millions d’euros ont été soutenus à 96 % par l’aide conjointe du Ministère de la Culture et du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement et de la Recherche. Les mécènes et plus de trois mille donateurs privés ont contribué à boucler le budget.

Le plafond de la salle Ovale du site Richelieu © JC Ballot / BnF

C’est ce parti-pris d’ouverture à la lumière et au partage qu’a voulu souligner le Président de la République, Emmanuel Macron, lors du discours prononcé mardi 28 septembre à l’occasion de sa visite de fin de chantier. Entouré de Roselyne Bachelot, ministre de la Culture et de Laurence Engel, devant un parterre de chefs d’entreprise et de figures de la République des Lettres, sous la verrière illuminée de la salle Ovale, le Président a rappelé combien ce temple du savoir était « véritablement l’incarnation de l’esprit de liberté et de création qui sont propres à notre Nation » et combien la générosité des citoyens, mécènes ou simples particuliers, a été indispensable à la réalisation de ce projet. Si la BnF est un patrimoine à restaurer et un lieu à réinventer c’est que « l’identité de la France, qui ne s’est jamais bâtie sur le rétrécissement, ni à des prénoms, ni à des formes de crispation, c’est avant toute chose et toujours une histoire de récit, de conteur, d’inventeurs, d’encyclopédistes, de voyageurs » a-t-il conclu.

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