Afrique : la statuette Zandé du culte Mani-Yanda, un séduisant objet de collection

Très stylisée, ornée d’un collier et de boucles d’oreilles en métal dont l’un des anneaux semble être une bague, cette statuette est l’une des vedettes de l’exposition « Nord » que le galeriste Bernard Dulon propose lors du Parcours des mondes, à Paris. Elle rassemble une dizaine d’œuvres, essentiellement du peuple Zandé. Cet objet, probablement du XIXe siècle, était utilisé dans le culte de la société secrète du Mani. Ses membres se réunissaient en loges pour des rituels destinés à favoriser une bonne chasse, une victoire judiciaire, ou encore à se prémunir de la sorcellerie. Seul le chef de loge pouvait manipuler ces statuettes, conservées dans des huttes rituelles. « Celle-ci a une très belle matière et des usures. On voit qu’elle a été longtemps utilisée », souligne Bernard Dulon.

Des critères de séduction pour attirer la nouvelle clientèle internationale

« Peut-être a-t-elle appartenu, comme la bague, à un dignitaire de la société, explique Julien Volper, conservateur au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren (Belgique). Les sculpteurs de ces statuettes devaient faire partie du Mani et n’étaient pas tous des artistes professionnels. Les techniques et les esthétiques de ces petites sculptures sont donc inégales, souvent frustes. Celle-ci, de belle facture, est très intéressante car son visage en demi-lune se retrouve sur des statuettes Nazeze, l’autre type de statues en bois anthropomorphes du culte du Mani. Il est possible qu’elle ait été travaillée par un sculpteur qui réalisa également plusieurs Nazeze. »

Statuette Kudu du culte Mani-Yanda, Peuple Zandé, République démocratique du Congo, bois, métal, cauri, perles, hauteur 20 cm

Le marchand Bernard Dulon l’a choisie pour ses qualités esthétiques : « C’est un objet qui témoigne que les artistes traditionnels africains et ceux de l’art moderne occidental, qui furent les premiers collectionneurs d’art africain, ont eu des préoccupations communes. Si c’était un objet de notre culture, on dirait que c’est une sculpture cubiste ». C’est d’ailleurs un artiste et collectionneur d’art africain belge, Willy Mestach, qui l’avait acquis sur le marché bruxellois dans les années 1950 ou 1960. « Il s’intéressait aux volumes et à leur agencement. La plupart des œuvres de sa collection étaient très stylisées. » Cette statuette possède tous les critères de séduction propres à attirer la nouvelle clientèle internationale qui arrive sur le marché des arts premiers et qui collectionne l’art moderne et contemporain. « Les collectionneurs qui achètent des tableaux très importants d’art moderne et découvrent que les arts africains en sont à l’origine, adorent pouvoir acquérir de temps en temps une pièce. »

À voir

« Nord », galerie Bernard Dulon, 10, rue Jacques-Callot, 75006 Paris, 01 43 25 25 00, dulonbernard.fr jusqu’au 30 octobre.

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