Acheter de l’Art Déco : les « niches » à explorer pour commencer sa collection

Spécialité phare du marché de l’art, l’Art Déco attire toujours autant les collectionneurs internationaux, avec en première ligne de leur convoitise, les créateurs français. Les cotes sont faramineuses, avec des prix à sept chiffres pour de grands noms comme Gilbert Poillerat, Jean Dunand ou Eugène Printz, mais quelques secteurs demeurent à défricher. À l’occasion de la vente par Christie’s, le 7 octobre prochain, de la mythique collection de mobilier de Pierre Chareau pour sa révolutionnaire « Maison de verre », créée entre 1928 et 1931 pour Jean et Annie Dalsace rue Saint-Guillaume à Paris, le point sur quelques tendances émergentes.

Chareau en vedette

« Cette vente devrait en toute logique marquer un tournant décisif pour la cote de Chareau », estime Sonja Ganne, directrice du département Arts décoratifs du XXe siècle de Christie’s. Les estimations s’échelonnent entre 3000 euros pour un porte-lettres en métal plié et doré et 300 000 euros pour un bureau dit « Dactylo » en bouleau, fer forgé et cuir. C’est en deçà des cotes des stars du marché de l’Art Déco, auprès desquelles Pierre Chareau fait figure d’inclassable, avec son mobilier architectural sans ornement, souvent transformable, qui n’exclut pas pour autant le raffinement typique de l’Art Déco, avec ses bois luxueux et son métal travaillé par le ferronnier d’art Louis Dalbet.

Pierre Chareau, Table ‘SN 9’, vers 1930, fer forgé patiné, 64,7 x 61,5 x 58,8 cm ©Christie’s images limited

« Ses meubles sont conçus comme des structures se déployant dans l’espace pour en optimiser la fonction, comme la table de jeu dépliante Mouchoir (80 000/100 000 euros) ou le guéridon SN9 (30 000-50 000 euros). Leur mise en perspective avec cette demeure incroyable construite en dalles de verre devrait faire mieux comprendre le génie de Chareau », juge Sonja Gane. Il est déjà une star du luminaire. Son lampadaire Religieuse SN 31 a dépassé aux enchères les 2 millions de dollars chez Christie’s, en 2018 à New York.

Le réveil de la tapisserie

La Maison de verre se parait d’un paravent et de fauteuils garnis de tapisseries d’après des cartons de Jean Lurçat (1892-1966). Ce peintre, grand ami de Pierre Chareau, fut à l’orée des années 1930-1940 à l’origine du grand renouveau de la tapisserie d’Aubusson. Dès lors, bon nombre de peintres et créateurs y firent tisser des cartons, ainsi que dans la ville voisine de Felletin. À cette époque, Elie Maingonnat, Jean Picart Le Doux, Georges Deveche, Lucien Coutaud, Marc Saint-Saëns, Michèle Forgeois ou Dom Robert célébraient volontiers la nature, une veine très recherchée aujourd’hui, dans un style rappelant le surréalisme et l’esthétique de Jean Cocteau, période La Belle et la Bête (1946), avec des coloris dignes des premiers films de Walt Disney. On peut emporter ces grands formats en galeries pour moins de 100 000 euros.

Marc du Plantier, Paradis terrestre, 1939, tapisserie en laine et coton, 200 x 250 cm, Aubusson ©Galerie Chevalier, Paris

À la même période, en 1939, le grand décorateur Marc du Plantier fait fabriquer, encore une fois à Aubusson et dans des couleurs ultra-lumineuses, la magnifique tapisserie Le Paradis, présentée par la galerie Chevalier (proposée à 45 000 euros). La veine Art Déco plus décorative est accessible dès 5000 euros en galerie, voire moins, pour de petits formats à encadrer. « Quelles que soient ses ambitions, il faut toujours choisir des tapisseries dont les couleurs sont vibrantes, bien conservées, pas trop insolées », rappelle la galeriste Amélie-Margot Chevalier.

Nouvelles signatures

« L’Art Déco a commencé à percer sur le marché de l’art dans les années 1980 et la cote n’a jamais cessé d’augmenter. Les grands créateurs ont tous été identifiés », déclare le galeriste spécialisé Félix Marcilhac Jr. Quelques-uns font pourtant exception à la règle, comme Boris-Jean Lacroix (1902-1984), directeur artistique de la maison de couture Madeleine Vionnet et créateur de pièces savantes et graphiques en métal et verre. Ses œuvres, achetées en leurs temps par le Maharajah d’Indore pour son palais, sont encore accessibles entre 3 000 et 35 000 euros. Il édita souvent ses luminaires chez les établissements Damon, ce qui met en valeur aujourd’hui d’autres créations de cet éditeur féru de métal, comme les lampes d’inspiration cosmiques dessinées par l’illustrateur Gorinthe.

Gorinthe & Damon, Paire de lampes, vers 1930, paire de lampes sphériques argentées, anneau central en verre reposant sur une base carrée en sycomore et à abat-jours coniques en tissu vert d’eau.
©Galerie Marcilhac, Paris.

Rares sur le marché, elles se négocient entre 2000 et 25 000 euros. Autre centre d’intérêt actuel des collectionneurs en quête de nouveautés : les suiveurs des dieux du marché. Tel Bernard Dunand, fils de Jean Dunand, célèbre dinandier qui œuvra pour le Paquebot Nomandie, dont on trouve des panneaux de laque entre 5000 et 10 000 euros. Ou Alfred Portneuve, neveu de Jacques-Emile Ruhlmann, décorateur des milliardaires disparu en 1933, dont les meubles ont la superbe qualité typique des ateliers de Ruhlmann pour une cote plus raisonnable, autour de 20 000 euros pour une table basse.

« Collection Annie et Jean Dalsace, La Maison de verre »
Vente par Christie’s Paris le 7 octobre

À LIRE
« La Maison de verre, Dalsace/Chareau, portraits croisés, » par Marc Vellay, éditions du Regard, 326 pp., 39 euros.

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