À Notre-Dame de Paris, les fouilles archéologiques s’achèvent et les vestiges s’apprêtent à livrer leurs secrets

Alors que depuis des mois tous les regards sont rivés sur les travaux de sécurisation et de reconstruction de Notre-Dame de Paris, de belles surprises archéologiques ont vu le jour au sein de l’édifice. Cela fait plus de deux mois que l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) mène des fouilles à l’intérieur de la cathédrale, et plus particulièrement dans la zone de la croisée du transept, où sera installé l’échafaudage nécessaire à la construction de la flèche. Vendredi 8 avril, l’Inrap a officiellement mis fin aux fouilles débutées le 2 février et vient de rendre public le bilan des recherches. Parmi les vestiges découverts le mois dernier, des fragments de sculptures et un mystérieux sarcophage en plomb avaient retenu l’attention des chercheurs. Ce dernier a été transporté à Toulouse pour un examen minutieux qui devrait nous éclairer sur l’identité du défunt.

Des centaines de fragments du jubé médiéval

Le mois dernier, les archéologues avaient identifié et exhumé plusieurs sépultures, datant probablement de la période comprise entre le XIVe et le XVIIIe siècle. Pourtant, les vestiges avaient initialement échappé aux « radars et autres détecteurs électromagnétiques [qui] n’avaient pas révélé grand-chose », avait souligné Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice en chef du patrimoine au service régional de l’archéologie (SRA).

Dégagement des premiers éléments sculptés du jubé du XIIIe siècle détruit au début du XVIIIe siècle © Denis Gliksman, Inrap

La Drac Île-de-France, en lien étroit avec l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, maître d’ouvrage du chantier, avait alors décidé de mener une vaste campagne de prospection géophysique dans la cathédrale. Celle-ci a permis la découverte de sépultures ainsi que d’une fosse contenant des éléments sculptés polychromes provenant de l’ancien jubé de Notre-Dame, un vaste mur décoré et sculpté érigé et 1230 et détruit sous le règne de Louis XIV.

Torse d’une statue en cours de dégagement provenant de l’ancien jubé médiéval de la cathédrale Notre-Dame de Paris © Denis Gliksman, Inrap

Les fouilles ont permis d’extraire plusieurs centaines d’éléments lapidaires, certains pesant jusqu’à 400 gr et présentant des éléments de décor distinctifs : personnages, éléments architecturaux, ornementaux végétaux, etc.  « On a les éléments pour reprendre complètement l’étude du jubé », a déclaré Christophe Besnier, responsable scientifique de la fouille menée par l’Inrap. Les analyses menées par les archéologues permettront également d’en apprendre davantage sur le contexte de leur enfouissement.

Vue générale de la fouille depuis les échafaudages © Denis Gliksman, Inrap

Des scientifiques de Toulouse à la tâche

Durant la période médiévale, et même moderne, les inhumations allaient bon train à l’intérieur de Notre-Dame de Paris. Il n’y a donc rien de surprenant en soi à ce que les explorations menées récemment aient révélé de nouveaux ensembles de sépultures, datées pour l’heure entre le XIVe et le XVIIIe siècle. Ont notamment été mis au jour une dizaine de sarcophages en plâtre, dont un abritant des restes de tissus brodés au fil d’or, et quatre tombes en pleine terre.

Évacuation des déblais de la fouille par grutage © Denis Gliksman, Inrap

Le sarcophage anthropomorphe en plomb, sur lequel s’est cristallisée l’attention lors des premières annonces faites à la mi-mars, mesure 1,95 m pour 48 cm de large et présente un très bon état de conservation. Une première exploration à l’aide d’une caméra endoscopique avait révélé la présence à l’intérieur de ce dernier d’un corps ainsi que de restes végétaux, situés sous la tête du défunt. Il pourrait s’agir de restes de cheveux, d’éléments textiles ou bien encore d’une matière organique sèche. Déposé dans un lieu sécurisé avant son transport vers l’Institut médico-légal de Toulouse, le sarcophage s’apprête à être ouvert afin que les experts puissent analyser les ossements et préciser, par datation au carbone 14, son ancienneté.

Le sarcophage en plomb, découvert lors des fouilles menées à la croisée du transept de Notre-Dame de Paris, avait été déplacé dans une cuve maçonnée © Denis Gliksman, Inrap

Les archéologues s’interrogent également sur les raisons qui ont mené à son déplacement dans un caveau en plâtre à une époque qui reste encore à déterminer. Il peut cependant supposer qu’il s’agit de la sépulture d’un haut dignitaire dont le nom pourrait être révélé par le registre des inhumations du diocèse. Les analyses qui vont être menées à Toulouse se feront dans le strict respect de la législation sur les restes humains, comme le souligne Dominique Garcia, président de l’Inrap, qui a déclaré que « le corps humain n’est pas un objet archéologique ». Plus qu’un objet archéologique, le sarcophage est avant tout un bien de nature anthropologique. Selon l’Inrap, la piste d’une réinhumation à Notre-Dame est d’ailleurs à l’étude.

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