À Mossoul, la découverte de vestiges du XIIe siècle fait évoluer le projet de reconstruction de la mosquée Al-Nouri

En août 2021, une campagne de fouilles menée sur le site de la mosquée Al-Nouri à Mossoul (Irak), détruite à l’explosif en 2017 par les djihadistes, avait révélé la présence de vestiges du XIIe siècle sous l’édifice. Il s’agissait des fondations d’une salle de prière et de quatre espaces souterrains, dédiés probablement aux ablutions rituelles. Suite à cette découverte, l’Unesco, qui s’est engagée depuis 2018 auprès du gouvernement irakien pour la sauvegarde du patrimoine de Mossoul, a modifié le projet de reconstruction de la mosquée afin de valoriser ces vestiges.

Un important site archéologique

L’annonce de la découverte de vestiges sous la mosquée Al-Nouri avait été faite en janvier dernier par le gouvernement irakien. « Ces pièces qui remontent à l’ère Atabeg du XIIe siècle ont été complètement enterrées et n’ont pas été mentionnées dans les sources et les livres historiques », avait alors déclaré Khaïr Eddine Nasser, le directeur du Département des antiquités et du patrimoine de la province de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu. Selon lui, les résultats de cette exploration permettent « de mieux connaître la superficie de la mosquée al-Nouri et de cette ancienne salle de prière, mais aussi les bassins des ablutions, ce qui augmente l’importance de ce site historique et archéologique. » Les fouilles, financées par les Émirats arabes unis, ont également mis au jour plusieurs artefacts, notamment des pots, des pièces de monnaie de différentes périodes ainsi que des fragments de poterie et des morceaux de pierre sculptée. Erigé au XIIe siècle par l’émir Noureddine al-Zinki (1117-1174), l’édifice a été démantelé en 1942 et reconstruit selon un nouveau plan.

Le minaret Al Hadba en reconstruction ©Unesco

Un plan international

La restauration de la mosquée Al-Nouri fait partie de l’initiative « Faire revivre l’esprit de Mossoul », lancée en février 2018 par l’Unesco, en partenariat avec les Émirats arabes unis (EAU) lors de la Conférence internationale sur la reconstruction de l’Iraq, à Koweït. Pour Audrey Azoulay, directrice générale de l’organisme des Nations unies : « La reconstruction du complexe de la mosquée Al-Nouri, un site historique qui fait partie du tissu et de l’histoire de Mossoul, sera un jalon dans le processus de réconciliation et de cohésion sociale d’une ville déchirée par la guerre. Les sites du patrimoine et les monuments historiques sont de puissants catalyseurs du sentiment d’appartenance, de communauté et d’identité populaire ».

Les travaux de restaurations de la mosquée Al-Nouri de Mossoul sont menés dans le cadre de l’initiative « Faire revivre l’esprit de Mossoul » lancée par l’Unesco ©Unesco/Moamin Al-Obaidi

Ce projet, qui mobilise la communauté internationale, a pour vocation de réparer les dégâts infligés par l’État Islamique pendant son occupation de la ville entre 2014 et 2017. Il prévoit notamment la restauration des monuments, la réhabilitation du tissu urbain historique de Mossoul, la reconstruction de maisons dans la vieille ville, ainsi que la formation de professionnels du patrimoine culturel. À ce jour, 110 millions de dollars ont été mobilisés, dont 50,4 millions de dollars investis par les Émirats arabes unis et 40 millions offerts par l’Union européenne.
Les chantiers de reconstruction ont débuté au mois de mars dernier. Ils concernent trois sites emblématiques de la ville de Mossoul : le minaret penché Al-Hadba, vieux de plus de 850 ans, et les églises Al-Tahera et Al-Saa’a. Quant à la mosquée Al-Nouri, les travaux doivent démarrer cet été.

Valoriser les découvertes

Le projet de reconstruction du complexe de la mosquée a été conçu par une équipe d’architectes égyptiens qui avait remporté en avril 2021 le concours international lancé en 2020 par l’Unesco. Intitulé, « Dialogue de patios », il prévoyait notamment la reconstruction de la salle de prière historique ou la création de jardins clos et proposait une véritable mise en valeur des objets culturels existants. Les plans ont cependant dû évoluer suite aux découvertes archéologiques réalisées en août dernier. Les architectes ont ainsi souhaité intégrer les vestiges au bâtiment moderne en créant un pavage vitré au-dessus des fondations de la salle de prière, qui permet tout à la fois de protéger la structure médiévale et de la révéler aux visiteurs.

Les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges du XIIe siècle sous la mosquée Al-Nouri ©Unesco/Moyasser Nasseer

Après consultation des communautés locales, certains éléments trop audacieux du nouveau projet, tels que les larges pare-soleil blancs, ont été supprimés. La nouvelle entrée de la mosquée sera désormais orientée vers le sud, ouvrant sur une ruelle traditionnelle. Un complexe réunissant un établissement d’enseignement, un institut d’art et d’architecture islamiques et un centre communautaire sera également créé sur l’emplacement d’un parking à proximité du complexe. Ces exigences culturelles répondent aux souhaits du propriétaire du site, le bureau du Waqf sunnite (administration irakienne en charge des édifices religieux).

Le futur de Mossoul

Après la fuite de l’EI, une campagne de déminage et d’évacuation des gravats a dû être menée entre 2018 et 2020 par les autorités irakiennes. Une discussion a été engagée avec les communautés locales à la suite des chantiers et ces dernières ont décidé de reconstruire le bâtiment dans sa forme originelle mais avec quelques éléments modernes, nous explique l’Unesco. La rénovation de 124 maisons historiques dans le quartier, vouées à rester des habitations, sera également encadrée par le projet de restauration.

Le chantier de reconstruction de la mosquée Al-Nouri de Mossoul, mené par l’Unesco ©Unesco/Moyasser Nasseer

L’iconique minaret penché al-Hadba, baptisé « le bossu » par les Mossouliotes, sera également reconstruit avec des briques selon le modèle original du XIIe siècle. Ce bâtiment religieux, symbole de la ville de Mossoul et reconnaissable par tous les Irakiens, fut détruit le 21 juin 2017, lorsque l’EI a dû battre en retraite. Le but de l’Unesco est de reconstruire cette partie de la ville pour les 5 ans de la libération de Mossoul, en juillet 2022.

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